Les champignons poussent mieux dans le marc de café

C’est un procédé étonnant que celui que la firme PermaFungi a développé à Bruxelles en créant une champignonnière de 1 000 m2 en plein centre-ville ! Depuis 2014, ce porte-étendard de l’économie circulaire et de l’insertion sociale produit des pleurotes à partir de déchets et plus spécifiquement à partir du marc de café. L’idée a germé après un voyage effectué à vélo en Thaïlande où le process est déjà développé.

« C’est un déchet typiquement urbain, disponible tout le temps », souligne Malika Hamza, consultante en alimentation durable, comptant parmi les experts du secteur ayant salué « l’exemplarité » de l’initiative.

Un processus naturel

Un composant naturel, le mycélium (considéré comme la racine du champignon), est introduit dans un mélange de marc et de paille, placé dans un sac plastique en forme de boudin. Il va déclencher la fructification, l’étape finale.

Dans des chambres froides équipées de vaporisateurs d’eau, le champignon est récolté au bout de 15 jours sur la paroi de ces sacs suspendus à la verticale. Celle-ci est préalablement transpercée d’un coup de cutter, comme si on aidait le pleurote à s’échapper du sac pour respirer à l’extérieur.

Chaque mois sortent ainsi des caves de cette coopérative du vieux Bruxelles, situées dans l’ancien entrepôt des Douanes belges, près d’une tonne de champignons, rien qu’en recyclant jusqu’à cinq tonnes de marc de café collectées, à vélo, dans les établissements de deux partenaires – Exki et Le pain quotidien – de la capitale belge. Le kilo de pleurotes est vendu à 15€.

Le savoir-faire a été exporté

Produire dans des caves permet d’ « utiliser la chaleur résiduelle du bâtiment, il y a aussi une réflexion sur l’énergie consommée », précise Malika Hamza. En bout de chaîne, le résidu de la fructification est utilisé comme compost dans une ferme de l’agglomération, ou pour fabriquer les abat-jours biodégradables que commercialise la société.

Néanmoins, le modèle économique de la société n’est pas si rentable que ça. En fin d’année 2019, une campagne de financement participatif a été lancée pour l’aider à combler ses pertes financières et lancer de nouveaux process.

« L’idée n’est absolument pas de faire le champignon d’exception, mais un produit qui ait du sens, local et bio. Il faut convaincre nos acheteurs (magasins bio, restaurants, ndlr) de cette valeur ajoutée », indique Julien Jacquet, l’un des six co-fondateurs. Le modèle a néanmoins été dupliqué à Marseille, Toulouse, au Québec et en Nouvelle-Calédonie.